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une île de Pâques

au coeur de la Bretagne !

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Histoire du site

Histoire du site

 

 

La Vallée des Saints : un site historique

 

Un tumulus armoricain, un oppidum celte, une villa gallo-romaine, une motte féodale, une bataille médiévale, un sarcophage mérovingien dans une chapelle gothique et une île de Pâques au cœur de la Bretagne... Vous n’êtes pas dans une énumération de Prévert, mais à La Vallée des Saints, à Carnoët, sur le site de Saint-Gildas.

 

Carnoët

PLUS DE 2 000 ANS D’HISTOIRE

 

Le terme carn ou cairn désigne une éminence de terre qui recouvre une sépulture (tumulus en latin). Ce tombeau, dont nous retrouvons aussi l’étymologie dans le nom de Carnac, témoigne de l’ancienneté d’une présence humai ne à Carnoët.

 

À la fin du XIXe siècle, on répertorie à Carnoët deux menhirs de trois et cinq mètres de haut et cinq tumulus, dont celui de Saint-Gildas. De l’époque celte, en contrebas de la chapelle, se situe une fontaine (classée en 1972), que la tradition populaire nomme “gauloise”.

 

L’eau qui sort de sa source aurait la vertu, dit-on, de “guérir” les animaux. Le Pardon de septembre perpétue cette tradition séculaire avec la présentation de chevaux et autres équidés.

 

Vorgium (nom latin de Carhaix d’aujourd’hui), ville carrefour de l’occupation romaine, avait déterminé des points de surveillance pour les voies de communication. Trois voies romaines passent par Carnoët. En 1959, M. Giot, directeur général des Antiquités, reconnaît près de la chapelle, en contrebas de la “montagne”, « les substructions d’une villa gallo-romaine avec conduits hypocaustes », confirmant ainsi une présence sédentaire romaine proche du site. Que la butte ait pu servir d’observatoire est une hypothèse très probable. Quant à celle d’un “camp romain”, nulle réalité historique ne la confirme, malgré l’observation sur le terrain, en 1931, d’un enclos bien structuré.

 

 

L’ÉPOQUE MÉDIÉVALE

 

Au fond de la chapelle, on peut voir un sarcophage mérovingien à loge céphalique (niche pour la tête). Quelle est l’origine de ce sarcophage, sachant que la fabrication de ces réceptacles s’arrête au IXe siècle ? Le saint, qui repose aujourd’hui à Saint-Gildas-de-Rhuys y a-t-il séjourné temporairement, lui ou ses reliques ? Ces questions restent posées...

 

La motte féodale

 

Tumulus, oppidum, motte... La position dominante du site a toujours été un point stratégique de surveillance et de défense.

 

Les mottes castrales ou féodales (si rattachées à un fief) sont des buttes artificielles qui constituent la base des premiers châteaux de bois médiévaux entre l’an 1000 et 1250. On ne connaît pas la date de construction de celle dite de Saint-Gildas.

 

Il ne reste plus de traces de la construction érigée dans le cratère, mais nous savons que la tour de guet en bois qui en occupait le centre était entourée d’une haute et solide palissade. Le “château” était isolé des autres défenses par un profond fossé circulaire de cent vingt mètres de tour, fossé épaulé par un contrefort de terre de cinq mètres de haut et six mètres de large. Une passerelle amovible, ancêtre du pont-levis, en permettait l’accès.

 

Un premier ouvrage défensif en forme de croissant, de quatre-vingts mètres de long, avec talus et palissade était en avant-poste. Cet ensemble, selon l’historien Frédéric Morvan, « dominait une enceinte rectangulaire en bois située à une centaine de mètre, d’origine sans doute gallo-romaine, qui comprenait écuries, habitations, chapelle et bâtiments agricoles ».

 

Qu’en était-il des bâtiments religieux qui précédèrent la chapelle Saint-Gildas ? Où se situaient-ils dans la basse-cour du château ? Il ne reste de la configuration médiévale que la motte et son fossé, tous les autres vestiges de terre ont été détruits.

 

 

 

 

 

 

Les Bretons contre Richard Coeur de Lion

 

C’est une réalité historique, une bataille a bien eu lieu sur le site : « en Cornouaille, près la ville de Kaerhes », au début de l’année 1197. Sur place, quelques indices étymologiques : Guerzozic ou Kersaozon (le village de l’Anglais), Parc ar Veret (le champ du cimetière), mais surtout, l’oralité qui nous a transmis, de génération en génération, le lieu de la bataille : le Tossen Sant-Gweltaz – ou Veltas – (colline Saint-Gildas) à Carnoët. Les protagonistes : d’une part, une coalition de barons bretons défendant les droits de succession d’Arthur de Bretagne, fils de la duchesse Constance et de feu Geoffroy II de Bretagne ou Geoffroy Plantagenêt ; d’autre part, l’armée du roi d’Angleterre, Richard Ier dit Richard Cœur de Lion (oncle d’Arthur de Bretagne), composée en grande partie de mercenaires. Richard, suite à la mort de son frère, voulait s’emparer de son neveu pour en assurer la tutelle et ainsi rester maître de la Bretagne.

 

D’après certains historiens, la bataille fit 6 000 morts. Mais une chose est certaine, c’est la tombée de la nuit, précoce en janvier-février, qui sauva l’armée de Richard de la déroute totale.

 

Carnoët fut bien le théâtre d’une bataille importante, dont la victoire reste aux Bretons qui ont pu montrer ici leur capacité de mobilisation contre un adversaire redouté (voir ci-dessous).

 

 

La chapelle

 

Nommée sur certains actes “chapelle de Monsieur Saint-Gildas” ou “chapelle du château”, la chapelle actuelle n’a en fait jamais été contemporaine du “château”. Elle a été construite par l’atelier de Philippe Beaumanoir, actif entre 1490 et 1520.
 

Nous pouvons nous rapprocher plus précisément de sa date de construction si l’on connaît la date de la bataille de Marignan, soit… En effet, les “gargouilles-canons” sont apparues après cette bataille. On peut donc la situer au tout début du XVIe siècle. Une restauration de son clocher porte la date de 1757.

Le style Beaumanoir se caractérise par un clocher-mur avec contreforts sur lesquels s’appuie une tourelle d’escalier permettant l’accès aux cloches. L’abside à noues multiples (ou chevet à trois pans) est une autre particularité de ce style, que l’on peut découvrir à l’arrière de la chapelle. Placées aux angles, de curieuses gargouilles, à figure de chimères ou inspirées du règne animal, révèlent l’originalité et la liberté dans la créativité des sculpteurs de l’atelier morlaisien.

La chapelle fut classée monument historique en 1972, trop tard pour la sauver des pillards. Disparus le banc d’œuvres, la poutre de gloire, le retable… Seul rescapé de la statuaire : un ange polychrome. La pietà au pied de l’autel ainsi que le calvaire et la représentation de saint Gildas dans la niche de la façade sont de Fabrice Lentz, sculpteur de La Vallée des Saints.

 

La chapelle seigneuriale de Carnoët fut érigée sous l’autorité du seigneur de Rostrenen et Pont-l’Abbé. Cette seigneurie sera rattachée par mariage en 1626 au neveu du cardinal de Richelieu ; la chapelle restera la propriété de cette famille jusqu’en 1703. À cette date, Armand Jean du Plessis, petitneveu du cardinal, revendra Carnoët (chapelle et motte comprises) pour 18 500 livres à Charles Fleuriot de Langle, le grand-père du navigateur mort en Papouasie avec Lapérouse. La prise de possession eut lieu les 19 et 20 décembre 1703. « le nouveau seigneur est conduit sur la montagne de saint-Gildas, lieu et emplacement de l’ancien château de “Carnot”, de là il descend dans la chapelle du château, nommée chapelle de Monsieur de saint-Gildas, où lui sont montrées les armoiries d’argent à trois fasces de gueules chargées d’hermines, comme arme de Rostrenen »Cette famille Fleuriot de Langle gardera la seigneurie de Carnoët jusqu’à la Révo - lution. En 1780, on y dénombrait 15 000 communiants pour 2 300 âmes. En 2014, la commune ne compte plus que 770 habitants…

 

 

L’ÉPOQUE “MODERNE”

 

La motte féodale verra passer, au milieu du XIXe siècle, les sociétés archéologiques très avides à cette époque de “vestiges gaulois”. Au début du XXe siècle, le site accueillera des “rassemblements néodruidiques” sous la férule du “barde” local, Taldir, François Jaffrennou.

À noter que, selon certains auteurs, Sébastien Le Balp, chef de file de la révolte des Bonnets rouges de 1675, aurait harangué une dernière fois ses hommes sur le Tossen Sant-Gweltaz la veille de son assassinat à Poullaouen… Vérité ou légende ?

 

En 1997, Rémy Lorinquer, alors maire de Carnoët, aura l’excellente idée, salvatrice pour le Tossen, de faire acquérir le site par la commune. Il était temps, la seconde enceinte de la motte avait déjà été arasée par les tracteurs… Le but de Rémy Lorinquer, décédé en 2011, était de valoriser le patrimoine local, faire revivre une commune qui, en un siècle, aurait perdu près de 2 000 habitants… Et puis, en 2009, Philippe Abjean est arrivé avec ce qui n’était encore qu’un projet, un projet fou, La Vallée des Saints… Mais ceci est une autre histoire !

 

                                                                                                                            © Photo Télégramme

 

RÉFÉRENCES CONSULTÉES

Pierre Le Baud, Chroniques de Bretagne - L’abbé Jouan, Monographie de Carnoët - Yannick Hillion, les annales de Bretagne - A.M.L. de Bussy, Histoire de la petite Bretagne ou Bretagne armorique – Dom Morice, Histoire de Bretagne - Ogée, Dictionnaire historique - L’abbé Kermoulquin, les villes de Bretagne - Bertrand de Born, sirvente - les Cahiers du Poher - la revue du pays de l’argoat - Le site de l’Institut culturel de Bretagne.